Traqué de Frank Leduc : notre avis sur une cavale où chaque vérité

Il fait froid. La campagne française est prise dans l’hiver et quelque part, sur une route, dans un village ou à quelques kilomètres de ceux qui le recherchent, un homme avance avec une certitude : il n’a pas beaucoup de temps.

Cet homme s’appelle Simon Kepel. Depuis dix ans, il purge une peine de réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre de l’actrice Héléna Attias. En prison, il n’a rien du détenu qui prépare minutieusement son évasion. Il ne fait pas de vagues, respecte les règles et semble avoir accepté que son existence se poursuive désormais derrière des murs.

Jusqu’à ce matin de décembre où l’impossible devient soudain possible.

Une occasion se présente. Simon la saisit.

Et il disparaît.

C’est sur cette rupture brutale que Frank Leduc construit Traqué, un thriller psychologique paru chez Belfond Noir en mars 2026. Derrière la chasse à l’homme se dessine pourtant rapidement quelque chose de plus complexe : Simon Kepel ne semble pas seulement courir pour retrouver sa liberté. Il paraît aller quelque part, poursuivre un objectif précis, comme si chaque kilomètre parcouru le rapprochait moins d’une nouvelle vie que d’une vérité restée enfouie pendant dix ans.

Voici notre avis sur Traqué de Frank Leduc, sans spoiler.

Une évasion presque improvisée… et une question qui change tout

Au départ, les choses devraient être simples.

Simon Kepel est seul. Il ne dispose ni d’un réseau organisé ni de moyens extraordinaires. Son visage peut être diffusé partout et les forces de l’ordre savent qui elles recherchent. Sa fuite ressemble davantage à une opportunité saisie au vol qu’à l’aboutissement d’un plan préparé depuis des années.

Pour Talia Sorel, négociatrice devenue commandante du RAID et déjà présente dans Duel, le scénario paraît donc relativement prévisible : il faut retrouver Kepel avant que sa cavale ne prenne de l’ampleur. Dans le roman, tout porte d’abord à croire qu’il ne pourra tenir que quelques heures.

Seulement, les heures deviennent des jours.

Simon échappe aux recherches. Il continue d’avancer et, surtout, son comportement ne ressemble pas totalement à celui d’un homme dont le seul objectif serait de disparaître. Là où un fugitif chercherait probablement à se cacher, Kepel semble suivre une direction.

À partir de cet instant, la question la plus intéressante du roman n’est plus vraiment : où est Simon Kepel ?

Elle devient : où veut-il aller ?

Et cette nuance change toute la mécanique de Traqué.

Derrière le fugitif, Frank Leduc cache une énigme

Une chasse à l’homme fonctionne généralement grâce à une règle très simple : quelqu’un fuit, quelqu’un poursuit.

Frank Leduc reprend évidemment cette mécanique, mais il la déplace progressivement sur le terrain psychologique. Talia Sorel comprend qu’arrêter Simon nécessitera peut-être d’abord de comprendre Simon.

Pourquoi s’être évadé maintenant ? Pourquoi prendre certains risques ? Pourquoi continuer cette course alors que chaque déplacement augmente la possibilité d’être reconnu ? Qu’est-ce qui peut pousser un homme condamné depuis dix ans à transformer une occasion de fuite en une cavale qui paraît parfois presque suicidaire ?

La poursuite devient alors une enquête sur les motivations du fugitif.

Et c’est là que le roman trouve sa véritable personnalité.

Simon n’est pas seulement une silhouette aperçue de loin par ceux qui tentent de le rattraper. Frank Leduc nous rapproche progressivement de lui, tout en refusant de nous donner immédiatement les clés nécessaires pour le comprendre.

On sait ce que la justice a décidé : Simon Kepel a été condamné pour le meurtre d’Héléna Attias.

Mais savoir ce qu’un tribunal a décidé et comprendre toute une histoire sont deux choses différentes.

Le doute peut alors commencer à s’installer.

Dix ans plus tôt, une actrice est morte

Héléna Attias n’est pas seulement un nom dans un dossier judiciaire.

C’était une actrice connue, et son meurtre a bouleversé la vie de Simon Kepel au point de l’envoyer derrière les barreaux pour le reste de son existence. Son corps a été retrouvé enterré dans son jardin, un élément qui contribue évidemment à faire de lui un suspect idéal.

Dix ans ont passé lorsque commence Traqué.

Une décennie, c’est suffisamment long pour qu’une affaire semble appartenir au passé, pour que les certitudes se figent et pour que chacun considère que la vérité a déjà été établie.

Seulement voilà : Simon court.

Et plus il court, plus cette ancienne affaire revient avec lui.

Le lecteur se retrouve alors dans une situation assez savoureuse pour un thriller : il connaît le verdict, mais il n’est plus certain de connaître toute l’histoire.

Frank Leduc utilise cette zone grise pour maintenir la tension sans avoir besoin d’enchaîner artificiellement les rebondissements. Le passé et le présent finissent par se répondre, et la cavale devient aussi un moyen de rouvrir mentalement un dossier que tout le monde pensait refermé.

C’est précisément le genre de mécanique qui pousse à lire « encore un chapitre », parce qu’un détail qui semblait secondaire vingt pages plus tôt peut soudain prendre une toute autre importance.

Talia Sorel ne poursuit pas seulement un homme

Le personnage de Talia Sorel permet à Frank Leduc de donner au roman une seconde trajectoire.

D’un côté, Simon avance physiquement. Il doit éviter d’être repéré, trouver comment poursuivre sa route et composer avec une France hivernale qui ne lui facilite rien.

De l’autre, Talia avance intellectuellement.

Elle cherche moins à deviner où se cache son fugitif qu’à entrer dans sa logique. Pour prévoir le prochain mouvement de Kepel, elle doit comprendre son profil, ses motivations et ce qui pourrait suffisamment compter pour lui afin qu’il risque sa liberté, voire sa vie.

Cette opposition fonctionne bien parce qu’elle crée une sorte de duel à distance. Simon ne sait pas exactement ce que Talia a compris de lui ; Talia ne sait jamais totalement si l’interprétation qu’elle fait de Simon est la bonne.

Et pendant ce temps, le lecteur navigue entre les deux.

C’est également ce qui permet à Traqué de ne pas sombrer dans la simple accumulation de barrages routiers, d’hélicoptères et de courses-poursuites. Il y a bien une chasse à l’homme, mais elle se joue autant dans les têtes que sur les routes.

Talia doit par ailleurs composer avec les tensions au sein de son équipe et apprendre à se fier à son instinct lorsque certains éléments commencent à moins bien correspondre au scénario attendu. Cette dimension fait partie intégrante de la présentation du roman par l’éditeur.

Le froid comme compte à rebours

Il fallait aussi un décor à cette cavale, et Frank Leduc choisit une France hivernale, froide, enneigée et parfois franchement hostile.

Ce choix est loin d’être anodin.

Imaginez un fugitif au mois d’août. Les journées sont longues, on peut rester dehors, se fondre plus facilement dans le mouvement des vacanciers et dormir presque n’importe où.

En décembre, la situation change.

Chaque nuit devient un problème. Chaque déplacement demande davantage d’énergie. Le froid fatigue, ralentit et oblige à chercher un abri. Un homme recherché doit donc choisir entre deux dangers : rester dehors et subir les éléments, ou entrer quelque part et prendre le risque d’être reconnu.

Le paysage agit ainsi comme un adversaire supplémentaire.

L’éditeur présente d’ailleurs Traqué comme une quête de vérité et de vengeance menée à travers les « paysages enneigés et hostiles » de la campagne française.

Cette ambiance apporte au roman quelque chose d’assez cinématographique. On visualise facilement les routes glacées, les lumières au loin, les villages traversés et cette impression permanente que les poursuivants peuvent surgir à tout moment.

La cavale possède alors son propre rythme : avancer, trouver une solution, reprendre son souffle… puis repartir avant qu’il ne soit trop tard.

Le vrai moteur de Traqué : le doute

C’est probablement ici que Traqué devient le plus intéressant.

Frank Leduc part d’une situation dans laquelle presque tout semble déjà connu.

Un meurtre a eu lieu.

Un homme a été condamné.

Cet homme s’est évadé.

Les policiers doivent le retrouver.

Avec ces quatre informations, l’histoire pourrait presque être écrite d’avance.

Mais le roman se nourrit justement de tout ce qui vient se glisser entre ces certitudes.

Petit à petit, la question de l’innocence, de la culpabilité et de ce qui s’est réellement passé autour de la mort d’Héléna Attias prend davantage de place. Certaines chroniques ont d’ailleurs relevé cette dimension de « faux coupable » et la façon dont Frank Leduc complexifie progressivement une situation qui paraissait limpide au départ.

Il vaut mieux ne pas en savoir davantage.

Parce que le plaisir de lecture vient précisément de là : regarder ses propres certitudes évoluer.

Un personnage que l’on observait d’une certaine façon peut soudain apparaître différemment. Une décision apparemment absurde peut trouver une logique. Un élément que l’on croyait parfaitement établi peut mériter d’être réexaminé.

Et ce jeu fonctionne d’autant mieux que Frank Leduc garde une question essentielle en arrière-plan : si Simon Kepel prend autant de risques, c’est qu’il estime avoir quelque chose à accomplir.

Mais quoi ? LA réponse est dans la lecture de livre.

Frank Leduc construit Traqué, un thriller psychologique paru chez Belfond Noir en mars 2026. Derrière la chasse à l’homme se dessine pourtant rapidement quelque chose de plus complexe : Simon Kepel ne semble pas seulement courir pour retrouver sa liberté. Il paraît aller quelque part, poursuivre un objectif précis, comme si chaque kilomètre parcouru le rapprochait moins d’une nouvelle vie que d’une vérité restée enfouie pendant dix ans.

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